La soirée du 11 octobre réunissant les membres a laissé entendre la récurrence des problèmes au sein de l’association. Néanmoins, durant cette réunion, s’est signifiée la réelle nécessité de reprendre et d’ouvrir de nouvelles pistes pour ces mêmes questions.
Ce qui suit peut sembler tenir d’une rhétorique dont je n’arrive pas encore à déterminer les axes. Comme toujours, quelque chose de schématique s’y installe, marque du refus à ma tendance à faire silence. Au lecteur à effectuer un prolongement et à s’interroger sur l’état de l’association.

Depuis le début des années nonante, une série de documents évoquent les questions sur les entrées, les départs, sur les absences, sur le rétrécissement de la production dans la suite du travail en cartel, etc…[1]
Bien sur, la temporalité et les changements sociétaux ont en apparence modifié une approche des demandes. Mais nous nous trouvons ici dans cette perspective d’un intérieur et d’un extérieur, une sorte de « Spaltung » non sans effet sur les comportements. Le terme de crise peut s’y accoler. Une lecture de l’histoire du mouvement analytique nous a appris que rien n’est neuf dans le fond mais par contre la forme a pu se modifier. Dès la création d’institutions regroupant des psychanalystes surgissent des conflits, des divergences théoriques et des dissensions. Les historiens de la psychanalyse ont essayé de démêler l’origine des causes. Pour la période freudienne est surtout évoqué un désir parricide à l’égard de Freud, mais, aujourd’hui, cette idée est elle réellement obsolète ?

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Bref rappel :

-dans le champ freudien : entre Freud et Tausk, Adler, Jung, Rank, Ferenczi
entre Klein et A.Freud

-dans le champ lacanien : entre Lacan et Perrier, Leclaire, Montrelay, Aulagnier, Roustang
entre Miller et Clavreul, Safouan, Melman, Soller

Des personnes n’ont plus fait partie du Questionnement pour diverses raisons : un départ à l’étranger, une autre orientation professionnelle, un conflit avec l’orientation de l’association ou avec son éthique.

Parmi celles-ci relevons par ordre alphabétique ( s.e & o.) :

Ch. Crabbe      M. Dassonville      J. Daveloose    Fr. Detourbes    De Roover     J. Dresse

N. Dubois   M. Goldstein        B. Hansoul           M-O. Humblet   P. Jacques     C. Lefèvre

Ph. Leten           M. Schmidts         Cl. Sohie        H. Van Istendael           M. Van Hamme

Ph. Van Steenkiste     I. Voisin       D. Wery

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Le désir de chacun est mis à l’épreuve dans l’institution par ses rares exigences. C’est bien cette question  du désir qui a été soulevée lors de la soirée du 11 octobre et avec laquelle la plupart des participants étaient en accord.

Depuis Freud, l’énigme du désir inconscient vient interroger les analystes. Si les fondateurs du Questionnement avaient un projet, c’était de poursuivre cette interrogation non plus dans un solipsisme ou dans une solitude du cabinet renforçant le narcissisme et la fermeture de « la troisième oreille » dixit Th.Reik. Encore, fallait-il donner une structure a minima au projet d’où la lente élaboration des textes préliminaires et accessoirement le dépôt des statuts juridiques.

En son temps, un livre à mis en exergue « l’Amour du Censeur »[2] cet affect  du sujet auquel il s’aliène. Alors que le pouvoir réel de l’institution n’est qu’une croyance au même titre que la soumission au désir de l’Autre. La conséquence est directe  pour ceux qui défendent l’institution, ils sont vus comme les sbires du Surmoi et mis dans la position du Maître. Parfois c’est avec juste raison, parfois cela tient au rapport imaginaire et à la transposition d’une problématique de la castration.

Pour M.Safouan[3] la raison principale d’une institution, c’est la mise à la disposition d’un minimum de savoir pour que le candidat puisse « constituer son engagement dans la psychanalyse comme un choix dont-il puisse être tenu pour responsable ».

Le désir s’articule au fantasme[4], ce dernier peut être considéré comme la signifiance du désir toujours par ailleurs voilée. La chose se complexifie puisque c’est au fantasme que s’allie la notion de la jouissance. On sait par l’expérience clinique l’énorme difficulté à déloger le fantasme et à renoncer à  » la jouissance qu’il ne faudrait pas ».

Les désirs d’un sujet peuvent être divers : désir épistémophilique/ désir de reconnaissance/ désir de l’Autre/ désir d’être psychanalyste/ désir de perpétuer le transfert/ … ce sont des problématiques qui se travaillent parfois dans les entretiens sur la clinique ainsi que dans la pratique du contrôle.

L’institution ne possède pas l’objet « a » de celui qui se tient encore à vouloir nier son manque. A celui qui n’a rien lâché de ses défenses de l’être et qui n’arrive pas à supporter le désêtre, l’institution n’a pas de réponses. Au contraire, elle suscite l’insatisfaction, la rivalité d’une fausse fratrie et, dans quelques cas, la haine envers la psychanalyse. Le « gap » n’est pas très grand à l’arrivée d’un délire en connexion au déni de toute altérité. La voie médiane est de prendre ses disciples comme tenant lieu d’altérité et perpétuer un transfert dont l’effet promeut l’aliénation à une parole d’essence …divine. La soumission de la pensée se prolonge dans l’identification au Moi de son analyste, à l’investissement comme modèle à l’Idéal du Moi.
Logique d’un refoulement mis en acte pour concrétiser une soi-disant conformité au désir. L’autre dénouement étant une révolte sous tendue par une fuite vers une solution « politique » et la scission pour recoller de nouveaux liens sociaux entre les  » vrais psychanalystes « .

Désolation : au sein de l’institution, ne se trouve pas la vérité de l’analyse, à la rigueur elle se doit de permettre qu’une vérité personnelle se dégage et donne un reflet quant au manquement renvoyant à une tranche d’analyse.

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Le projet des fondateurs était celui de la circulation d’une parole analytique.

Dans la cure, la parole est une adresse à l’Autre que l’analyste renvoie à son analysant afin que puisse s’installer un certain renversement. C’est l’expérience de sa division, de ses identifications, de ses méconnaissances, la folie de ses demandes et éventuellement le risque de la levée du voile sur un moment du Réel.  Le transfert analysant (terme de Safouan) ne mène pas à une technique de l’analyse plus simplement et plus difficilement à la capacité fugace d’être ouvert à la surprise d’une parole comme rejeton de l’inconscient.

Dans l’institution, la parole analytique n’est pas celle attendue dans la cure dite pente vers l’énonciation, elle tente de cerner les échecs, les incompréhensions, les recherches des uns et des autres. Soit des énoncés partagés et reçus dans l’esprit de l’échange et du dialogue pas dans le registre du « jet de tomates pourries » dixit un texte issu de l’imaginaire de Brigitte Hansoul.
En l’occurrence de quoi s’agit-il : lors d’une intervention au Questionnement, reproche lui a été fait qu’elle offrait aux demandeurs d’une thérapie une panoplie de techniques psychologiques dont l’hypnose – elle n’a jamais démissionnée et promeut sur son site « therapeutia.com » l’hypnose et se signale encore comme membre du Questionnement malgré les avertissements du bureau. Je conseille aux membres de jeter un coup d’œil à cette publicité sur internet. Quant aux courriels envoyés aux psy par cette même personne, ils encombrent nos boîtes à messages. A moins que vous vouliez aller faire un voyage en Mauritanie avec son groupe thérapeutique, il reste deux places.

Chacun est en droit de trouver son orientation mais pas à se promouvoir de la psychanalyse comme un plus type de l’offre au Supermarché du coin. Comme quoi la question de l’entrée dans notre association montre une faille sinon une faiblesse qui n’est pas sans des conséquences quant à notre responsabilité.

[1] J.Lamy,B.Furnelle,M.Pétras, avis du Conseil, lettre du bureau, R.Aron avec » » Malaise dans l’institution »…
[2] P.Legendre – Seuil,Paris, 1974
[3] Safouan,M « Le transfert et le désir de l’analyste », Seuil, Paris, 1988, p.247 et 248
[4] Le séminaire sur l’Angoisse développe la notion de l’objet« a » , Lacan pose le fantasme comme structure du sujet dans la formule