Présents : Raymond Aron, Daniel Bonetti, Joëlle Conrotte, Anne Debaar, Christian Fierens, Brigitte Furnelle, Colette Godfrin, Sylvain Gross, Clarissa Marco, Guy Mertens, Martin Petras, Nadine  Van den Broeck, Bernadette Weyergans, Béatrice Wauters, Martine Zwick

Excusé : Felix Samoïlovich

L’objet de la réunion est le cartel d’association.

Pour introduire le thème, quelques pistes d’amélioration du dispositif actuel sont avancées.

*Tempérer le choix pour celui qui compose son cartel d’association (qui sera appelé dans la réunion, « passant » par certains, « associant » par d’autres). Il y aurait par exemple tirage au sort des trois personnes de l’association, qui choisiraient la personne extérieure. Cela donnerait plus de tuchè et limiterait les effets de colle. Ce point traversera toute la réunion : y a-t-il vraiment effet de colle dans la constitution des cartels d’association, ou au contraire remarque-t-on dans l’après-coup que chacun met en place les conditions nécessaires à un transfert de travail ? D’autres aspects concernant la constitution du cartel apparaîtront dans le décours de cette réunion.  Pourquoi ne pas élargir à plus d’un membre extérieur ?  Pourquoi ne pas admettre comme extérieurs, des non-analystes ? Faut-il favoriser le transfert de travail de l’associant et lui permettre de choisir l’extérieur, ou le transfert de travail des écoutants et les laisser faire ce choix ? Dernières remarques : est-ce que le tirage au sort n’amènera pas parfois, au contraire de l’effet recherché, trop d’intimité avec les écoutants (il arrive qu’un associant choisisse délibérément des personnes avec lesquelles il n’a pas encore travaillé en cartel, par exemple, pour garantir une certaine distance de travail) ?  Et enfin, la question de la confiance en l’autre est centrale pour ce travail. Est-ce compatible avec un tirage au sort ?
Pour le dire de façon très théorique, choisit-on un dispositif sans sujet ou avec sujet ?

*Donner la possibilité au cartel de se réunir en dehors de la présence de l’associant (ce qui se fait rarement, mais à déjà eu lieu, notamment à la demande même d’un associant).
Cela permet d’élaborer en dehors de sa présence directe, en pensant à plusieurs, en « disant des bêtises »  quitte à les rectifier ensuite, en mettant une temporalité entre les séances du cartel et le retour qui est fait à l’associant et à l’institution.
Plusieurs subjectivités sont engagées dans l’écoute d’un cartel d’association : cela permet de réunir ce que chacun a entendu, et d’en dégager ce qui est rendu à l’associant… Mais vouloir atteindre un consensus n’est-il pas suspect en soi ? Ne peut-on y déceler l’enjeu d’un jury ?
Cette idée de travailler sans l’associant est mise au débat : n’est-ce pas vouloir protéger l’associant, voire l’infantiliser ? Ne pas tout dire à l’associant, est-ce l’indice que son cartel d’association de fonctionne pas ? Ou est-ce une sage précaution pour protéger le fonctionnement institutionnel ultérieur ?

*Marquer un point de capitonnage et de relance auprès de l’associant, plutôt que de clôturer le travail comme une simple formalité (métaphore du travail d’incrustation de la broderie qui borde le trou). Elaborer aussi le temps de l’annonce faite à l’institution. C’est vrai que le travail n’est jamais terminé, mais cela donne des indices pour la suite.
Cet aspect de retour à l’institution amène à l’interrogation suivante : pourquoi a-t-on tellement de mal avec le témoignage indirect ?  Il est pourtant mis en place dans le cartel d’adhésion, pourquoi pas dans le cartel d’association ? Le témoignage indirect amènerait une dé-subjectivation du témoignage.

Pour poursuivre le débat, la question se resserre autour des enjeux du cartel d’association.

S’il est avant tout un temps de travail analytique, il est logique qu’il n’inclut pas de temps de temps de retour à l’associant. Or il s’agit bien d’une expérience analytique, initiée par quelqu’un qui souhaite mettre au travail, avec des compagnons, la question du désir de l’analyste, de la fin de l’analyse. Une jolie métaphore a été avancée, celle d’Isis et Osiris : il s’agirait de témoigner de la manière dont on s’est reconstruit après la mort de la fin de l’analyse, avec un manque (le phallus).
Pour les écoutants, l’enjeu est de savoir si le processus a permis un déplacement de celui qui écoute. Ou de percevoir ce qui est de l’ordre du désir de l’analyste, que Lacan a formulé plus tard comme l’horreur de l’acte, c’est-à-dire ce qui pousse quelqu’un a être utilisé, mis en place d’objet a durant une cure . Occuper cette place d’objet qui permet à un autre de faire une analyse n’est en effet valable que dans une cure, et parfois pas dans d’autres, et cela pour le même analyste : il n’y a pas de statut d’analyste en soi, c’est une coquille vide.

Mais toute l’aporie du cartel d’association est qu’il a des effets de nomination (nous sommes d’ailleurs réunis en collège des associés) et a donc par cet aspect là des enjeux institutionnels (de cimentage de l’institution ?). En tous cas jusqu’ici, on attend d’un associé qu’il s’engage dans le fonctionnement des rouages de l’institution (c’est le vivier où se puiseront les personnes travaillant au Bureau, dans les cartels d’adhésion et d’association, et oeuvrant à la transmission de la psychanalyse au sens large…).

Ainsi se dégage progressivement en fin de réunion l’idée d’une procédure en deux temps, qui dissocie les deux aspects du cartel d’association, en rajoutant une étape du discours indirect, moment où il se relierait à l’association :

Un cartel d’association, ou cartel dans l’association, se fonderait  sur la démarche personnelle de l’associant.  Dans un deuxième temps, celui qui a passé ce dispositif pourrait, sans que cela soit automatique ni obligatoire, demander d’entrer au Collège des associés. A cette occasion, ses écoutants pourraient alors y élaborer un témoignage indirect. Il importe en effet de continuer aussi à penser à l’institution : il faut bien que sa vie se déroule quelque part..et les remous politiques vont peut-être bientôt la remettre en jeu.

A ce stade de la réflexion, rien ne peut encore se décider.
Un enjeu de structure apparaît : le Collège des associés se veut (ou se voulait ?) une structure transitoire, visant la reprise du fonctionnement de notre institution, des ses processus, de ses enjeux.  Sera-t-on amenés à en faire une structure définitive ? Mais alors, quid du Conseil ? Et surtout, quid de la possibilité de débats dialectiques à l’intérieur du Questionnement ?

Pour le Collège des Associés
Nadine Van den Broeck