II. L’angoisse
Lacan (Séminaire X)
Introduction
Ce séminaire est le dernier que Lacan donnera à Sainte Anne. A l’automne 1963 il sera mis au ban de l’I.P.A.
En 1962, lors du séminaire, il espérait encore sa réintégration dans l’I.P.A.
C’est un séminaire pivot où il interroge le Freud d’ISA et tente de dépasser les impasses freudiennes. L’I.P.A. posait à Lacan la condition de renoncer à la didactique. En réponse, nous assistons ici à une reprise par le Réel du questionnement freudien: qu’est ce que le Réel dans l’expérience analytique, comment intervient-il dans la pratique, comment peut-on enseigner la psychanalyse. C’est ce qui amène Lacan à la construction de cet objet très singulier qu’il a dénommé: a.
a est abordé par l’introduction du signifiant dans le Réel ce qui en parallèle mène Lacan à une réflexion critique de la Raison et à une réflexion sur ce que doit être un enseignement.
Le schéma optique du stade du miroir amène Lacan à préciser le statut de a, son fonctionnement, tout particulièrement chez le névrosé et le pervers.
Il met l’accent sur les impasses de la vie amoureuse et ébauche une première théorie de la sexuation.
Enfin, Lacan termine son séminaire par l’étude du fonctionnement de a dans ses cinq formes tout particulièrement chez l’obsessionnel.
Statut de l’objet a
L’apologue de la mante religieuse où je ne vois pas ma propre image dans le miroir énigmatique de l’oeil de la mante illustre le rapport essentiel de l’angoisse au Désir de l’Autre.
Il n’y a pour moi d’accès à mon désir que dans la dépendance à l’Autre comme lieu du signifiant.
Le sujet s’inscrit au lieu de l’Autre à partir du trait unaire – du coup, l’Autre devient manquant, il y a un reste, un irrationnel preuve de l’altérité de l’Autre: a (1er schéma)
Le Sujet et a sont du côté de A. Ce qui est de mon côté et me constitue comme inconscient est A barré, l’Autre en tant que je ne l’atteins pas.
Freud introduit l’inconscient comme l’Autre Scène, pour Lacan, il y a le Monde où est le spectateur et la Scène où les choses du monde viennent à se dire selon les lois du signifiant.
La reprise de Hamlet permet à Lacan de distinguer deux types d’objets.
Hamlet fait représenter sur la scène son image spéculaire accomplissant le crime qu’il s’agira de venger. L’identification à l’image spéculaire est insuffisante à animer son désir et, dans un deuxième temps, il s’identifie à Ophélie, objet perdu qui lui donne la fureur qui lui permet de combattre pour son ennemi, le roi, contre son image spéculaire: Laërte.
Dans le deuil, il y a reconnaissance rétroactive de l’objet du désir qui était là.
Lacan distingue l’objet du désir et l’objet spéculaire.
Si le moi est, comme l’affirme Freud, le lieu de l’angoisse, le schéma du miroir va nous aider à distinguer ces deux objets.
(cf.schéma)
Tout l’investissement libidinal ne passe pas par l’image spéculaire, il y a un reste, le phallus, en tant qu’il vient dans tout ce qui est repérage imaginaire sous la forme d’un manque -(phi), la castration imaginaire induite par la métaphore paternelle.
D’un côté, au niveau du corps propre, il y a la réserve libidinale insaisissable imaginairement, le narcissisme primaire, et du côté de l’image, un manque, quelque chose qui ne se projette pas car reste investi au niveau du corps propre, du narcissisme primaire, c’est a, résidu, objet dont le statut échappe aux lois de l’esthétique transcendantale.
a, le support du désir dans le fantasme, n’est pas visible dans ce qui constitue pour l’homme l’image de son désir. En deçà de l’image, à gauche, il y a a , invisible mais qui est la cause du désir, c’est de là que l’image, i’(a) prend son prestige.
Plus le sujet tente de s’approcher de ce qu’il croit l’objet de son désir, l’image spéculaire, plus il est leurré.
A cette place, i’(a), se profile une image de lui-même authentifiée par l’Autre, qui se caractérise par un manque, ce qui y est appelé ne saurait y apparaître, cette image oriente le désir, le capte.
Le désir voile une absence, mais cette absence est aussi la possibilité d’une apparition.
L’angoisse surgit quand quelque chose apparait à cette place (-phi). C’est alors que surgit l»Unheimlich»; l’angoisse n’est pas la perte comme chez Freud, mais le manque du manque.
Lacan reprend la liste freudienne: ce n’est pas la nostalgie du sein qui engendre l’angoisse mais son imminence, ce n’est pas l’absence maternelle qui angoisse mais c’est la possibilité de l’absence qui est la sécurité de la présence, l’angoissant est la mère toujours sur le dos de l’enfant, à lui «torcher le cul». Au niveau phallique, le cas de Hans nous montre que c’est l’interdiction qui est tentation et que ce qui angoisse n’est pas la perte de l’objet, mais qu’au contraire, ceux-ci ne manquent pas, et, au niveau de l’amour du Surmoi, ce qui est craint par dessus tout n’est pas l’échec, mais la réussite.
Dans «L’homme au sable» de Hoffman, Freud repère l’impact de la menace de castration. Pour Lacan, la castration n’est pas indépassable, elle est déjà faite dans l’approche de l’image du corps au niveau de (-phi). Dans le miroir, la fille voit son manque, le garçon son insuffisance. Le névrosé est déjà marqué par la castration, ce devant quoi il recule, c’est de faire de ce qui s’inscrit de son manque comme castration, le complément du manque de l’Autre, cet Autre qui se dérobe dans le renvoi infini des significations. Qu’est ce qui peut assurer un rapport du sujet à cet univers de signification, sinon que quelque part il y ait jouissance. Cela, il ne peut l’assurer qu’au moyen d’un signifiant et ce signifiant manque. A cette place manquante, le sujet est amené à faire l’appoint par un signe, celui de sa propre castration. Vouer sa castration à être la garantie de l’Autre, c’est ce devant quoi le névrosé recule.
Chez le pervers, a est là où le sujet ne peut le voir, le sujet pervers s’offre loyalement à la jouissance de l’Autre. Mais le fantasme du névrosé est tout entier situé au lieu de l’Autre, ce que Lacan appelle un a postiche. La Belle Bouchère aime le caviar, mais n’en veut pas. Elle veut que son mari aie envie du petit rien qu’elle tient en réserve, a fonctionnant dans le fantasme qui sert de défense contre l’angoisse est l’appât avec lequel le névrosé tient l’Autre.
Par le fait que le névrosé transporte dans l’Autre la fonction du a, l’objet qu’il recherche, c’est la Demande, une demande qu’il veut qu’on lui demande, mais il ne veut surtout pas en payer le prix. S’il ne veut pas donner son angoisse, dans l’analyse il donne un équivalent, son symptôme. Il veut que vous demandiez quelque chose. Comme vous ne le faites pas, il module ses demandes et c’est dans la mesure où sont épuisées toutes les formes de la demande que nous voyons apparaître la castration.
L’objet de la connaissance est construit comme l’objet spéculaire. La catégorie de l’étrange nous jette dans une autre dimension. Dans les peurs nocturnes des petits enfants, Lacan repère ce reste, résidu non imaginarisé qui vient se manifester d’une façon qui de n’être pas spécularisable, devient irrepérable. L’angoisse du cauchemar est éprouvée comme celle de la jouissance de l’Autre, être questionneur qui se manifeste dans la dimension de l’énigme.
Si le signifiant est une trace effacée, dans l’hystérie l’angoisse n’apparait pas car le lien à la trace a disparu.
L’obsessionnel lui, veut retrouver la trace sous le signifiant.
L’animal, dit Lacan, peut faire des fausses traces, mais pas des traces faussement fausses ce qui est un comportement signifiant. Là, il y a un sujet cause d’une trace qui se présente comme vide.Le signifiant révèle le sujet mais en effaçant sa trace, en le leurrant dans le chatoiement des significations et le repérage du sujet repose sur une reconquête de ce non su originel.
L’angoisse est liée à ce que toute demande, en tant que prise dans le signifiant, a toujours quelque chose de leurrant par rapport à la place du désir. C’est aussi ce qui explique le caractère angoissant de la réponse qui vient combler la demande. Le fantasme du névrosé se présente de façon privilégiée comme demande, c’est le leurre de la structure fantasmatique du névrosé. Nous reconnaissons la structure de la pulsion dans les premiers objets: le sein (demande à la mère), le scybale (demande de la mère). La coupure donne sa valeur à l’objet anal avec tout ce qu’il peut représenter de don et d’identité. Cependant, il ne s’agit que d’un déchet qui vient signaler la seule chose qui est importante: la place d’un vide. Là viendront se situer d’autres objets.
Cette place du vide est encadrée. Le rêve de l’homme au loup fait apparaitre le rapport du fantasme au Réel. Dans la fenêtre qui soudain s’ouvre, apparait l’Unheimlich, ce qui dans le monde ne peut se dire, ce sont les propres yeux du rêveur qui le regarde. L’angoisse n’est pas sans objet mais ce n’est pas l’objet imaginarisable du monde objectal dont l’appréhension est structurée par le trait unaire. Les signifiants engendrent le monde du sujet qui parle et dont la caractéristique est qu’il est possible d’y tromper. L’angoisse est cette coupure, le sillon dans le Réel sans laquelle la présence de signifiant est impensable. Sa véritable substance est ce qui ne trompe pas. C’est pour cela que chez l’obsessionnel, l’angoisse n’est pas le doute mais la cause du doute. Le doute est fait pour combattre l’angoisse pas des leurres, pour éviter ce qui, dans l’angoisse, est affreuse certitude: a.
La sortie du doute c’est l’action, le doute est signifiant. L’acte, sortie du doute, touche au réel c’est ce qui permet que l’acte analytique opère sur a. Agir, dit Lacan, c’est arracher à l’angoisse sa certitude. Dans l’Ecclésiaste, Dieu me demande de jouir, en plus il dégage l’objet par la circoncision. Celle-ci n’a rien d’une castration mais elle réduit de façon signifiante l’ambiguité sexuelle; par la coupure, la circoncision dégage l’objet après l’avoir cerné.
a, Lacan le désigne par une lettre ce qui nous permet de reconnaitre l’objet sous ses différentes incidences. Le désigner par le terme «objet» est en faire un usage métaphorique emprunté à la relation sujet-objet alors que nous parlons de quelque chose qui est externe à l’objectivité.
De l’entrée du signifiant dans le Réel naît le sujet. Ce qui permet au signifiant de s’incarner, c’est notre corps. Ce corps n’est pas constituable dans le champs de l’étendue cartésienne ni donné dans le miroir. Quand, dans le miroir surgit la dimension de notre regard, surtout si ce regard ne nous regarde plus, ce double étrange m’échappe et révèle la fonction de a.
L’angoisse n’est pas sans objet, le «pas sans» étant une liaison conditionnelle qui lie l’être à l’avoir dans une sorte d’alternance. Il n’est pas sans l’avoir, mais là où il est, ça ne se voit pas.
La castration du complexe n’est donc pas une castration, si la menace venait à s’accomplir, l’objet entrerait dans le champs de l’échange.
Il y a deux sortes d’objets, ceux qui peuvent se partager et sont objets de concurrence, et ceux qui ne le peuvent pas. Quand ils apparaissent, l’angoisse nous signale leur statut. Le plus illustre est le Phallus mais il y en a cinq correspondant aux cinq formes de pertes dans «Inhibition, Symptôme et Angoisse» de Freud. Pour Lacan, la limite de Freud tient à ce qu’il n’avait pas cerné la fonction de l’objet partiel dans le transfert, notamment dans le cas Dora et de la Jeune Homosexuelle.
La notion d’intentionnalité est un mirage car l’objet, cause du désir, est derrière le désir et non devant.
Pour l’illustrer, Lacan part du fétiche: le fétiche cause le désir, qui lui, va s’accrocher où il peut.
Le désir sadique, en imposant l’intolérable au sujet, fait apparaitre une division, une béance entre son existence de sujet et ce qu’il subit dans son corps. Ce qui est cherché est l’angoisse de l’autre mais ce que le sadique ne sait pas c’est qu’il cherche à se faire apparaitre lui-même comme pur objet fétiche noir.
Le masochiste recherche son identification à l’objet commun mais il lui est impossible de se saisir pour ce qu’il est, en tant que a.
Comme pour le sadique, cette identification n’apparait que sur une scène. Se reconnaitre comme objet du désir est toujours masochiste. Le sens du mythe oedipien est que c’est en tant que la Loi interdit la Mère qu’elle impose de la désirer. Ce que le masochiste veut faire apparaitre sur la scène, c’est que le désir de l’Autre fait la Loi, il apparait ainsi dans la fonction du déjet.
Quand nous ne sommes pas sur la scène et que nous cherchons à lire dans l’Autre de quoi il retourne, nous ne trouvons là que le x, le manque. C’est pour autant que cette place vide est visée comme telle que s’instaure le transfert. Le transfert n’est pas seulement ce qui se répète mais c’est un amour présent dans le réel. C’est en fonction de cet amour que s’institue la question centrale du transfert; ce qui manque au sujet, car c’est avec ce manque qu’il aime. Cette place vide est cernée par un bord, limite du monde et de la scène.
La Jeune Homosexuelle saute hors de la scène au moment où s’accomplit la conjonction du Désir et de la Loi. Déçue par son père, elle s’est employée à faire de sa castration féminine, le support qui manque au champs de l’Autre, la garantie que la Loi est bien le désir du Père, qu’il y a une gloire du père, un Phallus absolu. Le regard du père produit le suprême embarras puis, suite à la scène de son amie qui la rejette, survient l’émotion. Le sujet est identifié à a et, confronté à la Loi du Père, du même coup rejeté hors la scène; le passage à l’acte peut se produire. Il y avait promotion du Phallus à la place du a. Le paradoxe est que Freud la laisse tomber.
Le passage à l’acte est du coté du sujet en tant que celui-ci apparait effacé au maximum par la barre. C’est le moment de l’émotion allié à l’embarras.
L’acting out, c’est la fugue, le départ vagabond dans le monde où le Réel se presse. L’acting out est quelque chose qui se montre dans la conduite du sujet et qui se montre comme autre que ça n’est. La Jeune Homosexuelle aurait voulu un enfant du père comme Phallus substitut du a manquant. Déçue, elle se fait amant, elle se pose dans ce qu’elle n’a pas, le Phallus, et pour bien montrer qu’elle l’a, elle le donne, se faisant le chevalier servant de la dame. C’est un désir dont l’essence est de se montrer comme autre et ainsi de se désigner. L’essentiel de ce qui est montré, c’est ce reste, sa chute, la «livre de chair». L’acting out est symptôme qui se montre. Le symptôme de sa nature est jouissance, il se suffit. A la différence de l’acting out, il n’appelle pas l’interprétation, pour cela il lui faut le transfert. La Jeune Homosexuelle mentait en rêve à Freud. Freud refuse de voir dans la vérité la structure de fiction, il ne s’intéresse pas au reste. Sa pensée achoppe sur la féminité.
Qu’est-ce que le manque?
Dès que quelque chose vient au savoir, il y a quelque chose de perdu on peut le concevoir comme un morceau de corps. Ce point d’où surgit qu’il y a du signifiant ne saurait être signifié. L’annulation et la dénégation tentent de rejoindre dans le signifiant sa fonction de signe, de viser le point de manque mais ce faisant elles ne font que redoubler la fonction du signifiant en l’appliquant à elle-même. La nature du signifiant est de s’efforcer à effacer une trace. Plus on cherche à l’effacer pour retrouver la trace plus la trace insiste comme signifiant.
Quel est notre rapport avec a? Pour le pervers et le psychotique, la relation du fantasme s’institue de telle sorte que a est à sa place du coté de i (a). Dans le cas de la névrose, quelque chose apparait du coté de l’image i’(a) en x, un substitut de a qui n’est pas spécularisable.
Pour Freud, l’angoisse est un signal qui se produit dans le moi concernant un danger interne. Il n’y a pas de danger interne dit Lacan, l’angoisse est la manifestation spécifique du désir de l’Autre.
Si le moi est le lieu du signal, c’est pour que le sujet soit averti d’un désir, d’une demande qui concerne mon être même; il sollicite ma perte pour que l’Autre s’y retrouve. Le désir de l’Autre ne me reconnait pas, il m’interroge à la racine même de mon désir comme a, comme cause de ce désir.
Dans «Inhibition, symptôme et angoisse», Freud évoque l’indétermination de l’objet de l’angoisse, en tant que peur devant un danger interne. Cet «Etwas» devant quoi l’angoisse opère comme signal est de l’ordre de l’irréductible, du Réel.
Oedipe, qui a possédé sa mère, objet du Désir et de la Loi, voit ce qu’il a fait, il voit ses propres yeux jetés au sol, il les voit comme objet cause d’avoir voulu savoir. Le moment de l’angoisse est cette impossible vue qui vous menace de vos propres yeux.
Chez le masochiste, la visée fantasmatique d’être l’objet de la jouissance de l’Autre masque que ce qui est visé en réponse à cette chute du sujet, c’est l’angoisse de l’Autre.
Pour le sadique, l’Autre existe, Sade cherche la transe, la «peau du con», c’est l’envers du sujet qui est cherché, faire passer à l’extérieur ce qui est le plus caché, il s’agit de réaliser la jouissance de Dieu, l’être suprême en méchanceté.
Dans ces structures se dénonce le lien radical de l’angoisse à l’objet en tant qu’il choit, comme reste réel. Ce sont des objets séparables et l’angoisse apparait dans la séparation. La castration est intimement liée à la caducité de l’objet.
Dans le transfert nous avons à prendre en nous le a car l’objet en tant que cause de son manque est étranger au sujet qui nous parle.
Le facteur décisif du progrès de la cure tient à l’introduction de la fonction de la coupure.
L’angoisse a rapport à la défense et c’est du coté du Réel que nous avons à chercher de l’angoisse ce qui ne trompe pas. L’angoisse est intermédiaire entre jouissance et désir en tant que c’est franchie l’angoisse que le désir se constitue.
L’angoisse dans la vie amoureuse
Seul l’amour permet à la jouissance de condescendre au désir. a est l’accès à l’Autre, c’est tout ce qu’il en reste. L’amour est sublimation du désir. Se proposer comme désirant, c’est se proposer comme manque de a.
Toute exigence de a sur la voie de rencontrer la femme ne peut que déclencher l’angoisse de l’autre car je le fais a, mon désir le «aîse», c’est pour ça qu’il faut l’amour pour que la jouissance condescende au désir.
Ce que l’autre veut, même s’il ne le sait pas, c’est mon angoisse. C’est en tant que la femme veut jouir de l’homme qu’elle suscite son angoisse parce qu’il n’y a de désir qu’impliquant la castration.
La femme est supérieure à l’homme dans le domaine de la jouissance car son lien au noeud du désir est plus lâche. Le manque dont est marqué la fonction phallique pour l’homme et qui fait que son lien à l’objet doit passer par le complexe de castration, n’est pas pour la femme un noeud nécessaire. Elle s’affronte au désir de l’Autre comme tel, l’objet phallique vient pour elle en second, pour autant qu’il joue un rôle dans le désir de l’Autre. Ce rapport simplifié au désir permet aux femmes analystes d’être dans un rapport plus libre à ce désir.
Tirésias devrait être le patron des psychanalystes puisqu’il affirme que la jouissance des femmes est supérieure à celle des hommes.
Cela dépend de la limitation qu’impose à l’homme son rapport au désir qui inscrit l’objet comme négativé, -phi.
Le vase féminin se suffit à lui-même, l’objet y est de surcroit.
Ainsi l’angoisse de l’homme est lié à la possibilité de ne pas pouvoir. Pour la femme, c’est le désir de l’Autre qui l’intéresse, qu’elle tienne au désir de l’homme, c’est ça l’amour.
Le masochisme féminin est un fantasme masculin, dans ce fantasme c’est par procuration que l’homme fait se soutenir sa jouissance de quelque chose qui est sa propre angoisse; c’est ce que recouvre l’objet qui chez l’homme est condition du désir, désir qui couvre l’angoisse.
Pour la femme, le désir de l’Autre est le moyen pour que sa jouissance ait un objet. Son angoisse n’est que devant le Désir de l’Autre. Chez l’homme, il y a toujours quelqu’imposture, chez la femme, c’est la mascarade.
Elle sait ce que vaut ce à quoi elle a affaire dans le désir alors que l’homme est dans la méprise. Laisser voir son désir est angoissant pour la femme car ce qu’il y a à laisser voir, c’est ce qu’il y a alors que pour l’homme, c’est laisser voir ce qu’il n’y a pas.
Don Juan est le rêve féminin d’un homme auquel il ne manquerait rien. Le rapport complexe de l’homme à son objet est chez lui effacé, au prix d’accepter son imposture radicale qui en fait l’objet absolu. Ce n’est pas un personnage angoissant pour une femme, c’est quand elle se sent vraiment l’objet d’un désir qu’elle fuit.
La femme veut aussi l’objet mais sa revendication du pénis reste liée au rapport à la mère, c’est dans la dépendance de la demande que l’objet a se constitue pour la femme. L’insatisfaction du désir est précastrative, c’est ce qu’elle n’a pas qui constitue l’objet de son désir, alors que pour l’homme, c’est ce qu’il n’est pas, là où il défaille. L’objet de la quète féminine est le membre perdu d’Osiris.
Au niveau du stade du,miroir, la fillette passe la main sur le «y», moment de vertige devant ce qu’elle voit. Le garçon regarde le petit robinet, il faudra qu’il apprenne que ce qu’il a là, n’existe pas, par exemple par rapport à celui de papa, et en plus que ça n’en fait qu’à sa tête. Il devra le rayer de la carte de son narcissisme pour que ça puisse lui servir.
La connaissance
Lacan critique l’objectivité et son corrélât d’une raison pure.
Partout, la cause s’avère irréductible, insaisissable, pour autant qu’elle est identique dans sa fonction à cette part de nous même, de notre chair qui reste prise dans la machine formelle.L’objet perdu est le support de toute fonction de la cause, nous ne sommes objet du désir que comme corps. C’est le désir qui anime la fonction de la connaissance. La cause est l’ombre, le pendant de ce qui est point aveugle dans la fonction de la connaissance. C’est ce qui est méconnu dans les universités. Qu’on puisse poser la question du désir de l’enseignant est le signe qu’il y a un enseignement. Là où elle ne se pose pas, il y a le professeur qui est celui qui enseigne sur les enseignements. Il découpe dedans. Si le professeur était moins soucieux du raccord dans ses collages, il pourrait aboutir, comme dans les collages artistiques, à évoquer le manque qui fait toute la valeur de l’oeuvre d’art. Dans mon enseignement, dit Lacan, la méthode ne se distingue pas de l’objet abordé.
La certitude de l’angoisse est fondée, il y a déjà connaissance dans le fantasme; l’homme qui parle est par cette parole impliqué dans son corps. La racine de la connaissance est cet engagement dans le corps. Du fait de la dialectique signifiante, il y a toujours dans le corps, quelque chose de sacrifié, de séparé, la livre de chair.
La solution chrétienne est l’issue masochiste: s’identifier à celui qui s’est fait déchet.
Dans le bouddhisme zen, la visée est que le désir est illusion, c’est à dire qu’il n’a de visée sur rien.
Les cinq objets
Lacan va maintenant compléter la liste des objets freudiens.
Le désir est lié à la coupure et en rapport avec la fonction du reste qui l’anime. Le manque est lié à la satisfaction. La non coïncidence du manque et du désir, structuré par le fantasme, est ce qui crée l’angoisse qui est seule à viser la vérité de ce manque.
Ce qui fonctionne dans la succion du nourrisson, ce sont les lèvres. La structure de l’érogénéité a la fonction d’un bord et, dans l’articulation, les phonèmes les plus fondamentaux sont modulés au niveau des lèvres qui sont d’ailleurs utilisées dans de nombreux rites d’initiation. Derrière les lèvres, il y a l’enclos des dents et la possibilité du fantasme du mamelon comme isolé.
Il y a analogie entre le sevrage et la naissance où la coupure est entre l’individu et ses enveloppes. La mamme est plaquée sur la mère, l’objet de la pulsion orale est le sein. Le point d’angoisse est au delà de ce qui réunit l’enfant et la mamme, il est au niveau de la mère. L’angoisse du manque de la mère, c’est l’angoisse du tarissement du sein. Le rapport à la mamme reste structurant pour le rapport au désir et deviendra l’objet fantasmatique. Le point d’angoisse où le sujet a rapport à son manque est dans l’Autre, sur le corps de la mère.
Au niveau du complexe de castration, nous assistons à un renversement du point de désir et du lieu de l’angoisse.
Dans la castration, la relation à l’objet phallique contient implicitement la privation de l’organe. La détumescence marque la liaison de l’orgasme avec ce qui se présente comme coupure, aphanisis de l’organe.
L’homologie du point d’angoisse oral, c’est l’orgasme lui-même comme expérience subjective.
Dans aucun des deux cas, point d’angoisse et point de désir ne coïncident.
C’est dans la mesure où le désir n’est pas vraiment articulé par Freud que la fin de l’analyse rencontre la butée de la castration. Cette butée tient à notre insuffisance à distinguer la relation du désir à l’objet et le manque constituant de la satisfaction. Le désir et illusoire parce qu’il s’adresse toujours ailleurs, à un reste constitué par cette relation du sujet à l’Autre.
L’oeil apparait tôt dans l’échelle animale. C’est un organe double, fonctionnant dans la dépendance d’un chiasme. Le fonctionnement de l’oeil inclut le mirage. La structure de l’espace exclut une chose: l’oeil lui même.
Dans le mimétisme animal; les doubles tâches ont pour effet de fasciner le partenaire ou le prédateur.
Les paupières abaissées du bouddha nous préservent de la fascination du regard tout en nous l’indiquant. Cette figure est dans le visible, tournée vers l’invisible, mais nous l’épargne, elle prend le point d’angoisse à sa charge et suspend le mystère de la castration.
Au niveau du regard, point de désir et point d’angoisse coïncident mais ne se confondent pas.
Dans l’espace, rien en apparence n’est séparé. L’espace a rapport avec l’oeil, quand nous pensons espace, nous devons neutraliser le corps en le localisant. C’est un point qui se localise dans l’espace par quelque chose d’étranger aux dimensions de l’espace. L’espace n’a d’intérêt qu’à supposer cette résistance ultime à la section.
Par la forme i’(a), mon image dans l’Autre est sans reste. Je ne peux savoir ce que j’y perd. Mon image est marquée par la prédominance de la bonne forme qui est une apparence. Il suffit d’une tâche, un point, pour faire fonction de grain de beauté qui montre la place de a où s’attache le désir. Le grain de beauté me regarde et m’attire car ce regard me reflète.
La vision est aveugle à la castration, toujours élidée au niveau du désir. Qu’est ce qui nous regarde? le blanc de l’oeil de l’aveugle, le tatouage.
Le rapport du désir à l’angoisse se présente à ce niveau sous une forme radicalement masquée, liée aux fonctions les plus leurrantes de la structure de désir à opposer à l’ouverture qu’apporte la voix.
Ce qui complète le rapport du sujet au signifiant quand le signifiant est émi et vocalisé, est une certaine forme de a. Le Shofar nous présente la voix sous la forme exemplaire où elle est en puissance d’être séparée. Avec le Shofar, il s’agit de renouveler le pacte de l’alliance, de réveiller le souvenir de dieu lui-même. C’est l’objet voix, déjà rencontré dans les voix égarées de la psychose et dans le caractère parasitaire des impératifs du Surmoi.
Quel est le rapport de l’angoisse à la castration?
La fonction du phallus imaginaire fonctionne à tous les niveaux de la relation du sujet à a, sauf au stade phallique. L’évanouissement de la fonction phallique au niveau où le phallus est attendu pour fonctionner est le principe de l’angoisse de castration.
Dans la scène primitive, il y a toujours quelqu’ambiguité concernant sa présence. L’effet traumatique tient aux formes sous lesquelles il disparait.
Dans le rêve de l’Homme au Loup, le phallus est invisible d’être partout. Ce qui le regarde est la transposition à l’état d’arrêt de son propre corps transformé en arbre couvert de loups. Le sujet n’est plus qu’érection dans cette prise qui le fait phallus. La réponse du sujet, reconstruite par Freud, est la défécation.
Qu’est-ce qui est demandé au niveau génital et à qui?
La copulation est transcendante par rapport à l’existence individuelle, avec elle émerge la fonction de la mort. Nous demandons à satisfaire une demande qui à rapport avec la mort. Par la «petite mort», cette demande de mort est satisfaite à bon compte.
L’angoisse de castration se rapporte à ce point d’appel d’une jouissance qui dépasse nos limites pour autant que l’Autre est ici évoqué dans le registre du Réel par quoi se transmet la vie.
Au niveau de l’objet, ce n’est réalisé de façon si satisfaisante qu’au cours d’un cycle, du fait que l’organe ne tient jamais très loin sur la voie de la jouissance; il cède toujours prématurément, c’est de cela qu’il s’agit dans le complexe de castration. Le désir de la femme est doublement (clitoris et vagin) commandé par la question de sa jouissance. Le lieu de cette jouissance est lié au caractère énigmatique, insituable de son orgasme.
C’est dans la mesure où le désir de l’homme échoue que la femme est conduite à l’idée d’avoir l’organe de l’homme pour autant qu’il serait un véritable ambocepteur, le Phallus. C’est parce que dans son évanescence, il ne réalise pas la rencontre des désirs qu’il devient le lieu commun de l’angoisse.
A la fin de l’analyse freudienne, la femme demande le pénis, mais pour faire mieux que l’homme. Sans l’analyse, pour surmonter le pénisneid il y a la séduction, offrir au désir de l’homme l’objet de la revendication phallique, faire de ses attributs féminins le signe de la toute puissance de l’homme.
Il n’y a pas de castration car là où elle a à se produire, il n’y a pas d’objet à castrer car le phallus n’apparait dans le sexuel que comme manque et c’est cela son lien à l’angoisse.
Dans les deux sexes le phallus est ce que je désire mais ne peut avoir que comme -phi. Ce «moins» constitue le champs de l’Autre comme manque.
Le jeune enfant monologue dès qu’il possède quelques mots, c’est analogue à la fonction du rêve, tout se passe sur l’Autre scène. Ce que le sujet reçoit de l’Autre par le langage, il le reçoit sous forme vocale. L’oreille est un tuyau résonateur, la voix résonne dans un vide qui est le vide de l’Autre comme tel. Une voix ne s’assimile pas, mais comme le sable dans la daphnie, elle s’incorpore, c’est ce qui lui donne comme fonction de modeler notre vide.
Le Shofar peut ainsi être substitut de la parole, il modèle le lieu de notre angoisse après que le désir de l’Autre a pris forme de commandement. Par l’introduction d’un autre ordre, il peut donner à l’angoisse sa résolution dans la culpabilité ou le pardon. Dans le sacrifice, il s’agit de faire comme si les dieux désiraient. Les victimes doivent être s ans tache car dans la tache git la possibilité de la résurgence dans le champs du désir de ce qu’il y a derrière. Quand on apprivoise les dieux dans le champs du désir, il ne faut surtout pas éveiller leur angoisse.
Constitution de l’objet chez l’obsessionnel.
Chez l’obsessionnel, la non suite à la compulsion éveille l’angoisse. L’angoisse apparait avant le désir. Pour que le symptôme sorte de l’état d’énigme informulée, il faut que le sujet pense qu’il y a une cause à ça. la dimension de la cause est seule à indiquer l’émergence de a autour de quoi doit tourner toute analyse du transfert et le problème de la fin de l’analyse tient à l’irréductible de la névrose de transfert.
Cette fonction de cause, partout présente dans notre pensée, nous l’envisageons comme l’ombre portée, la métaphore de cette cause primordiale qu’est le a en tant qu’antérieur à toute phénoménologie, comme reste de la constitution du sujet au lieu de l’Autre.
Lacan distingue 5 étages dans la constitution de a dans la relation du sujet à l’Autre chez l’obsessionnel :
– Oral: le besoin de l’Autre, c’est en fonction de la dépendance du sujet à la mère que se produit la disjonction du sujet à a, mamelle qui fait partie du monde intérieur du sujet.
– anal: l’objet est le reste dans la demande de l’Autre.
– Au niveau phallique, le manque est central, c’est la jouissance dans l’Autre. Le rapport de cette jouissance dans l’Autre à l’introduction de l’instrument manquant -phi est l’angoisse de castration.
– L’étage scopique, celui du fantasme, nous avons affaire à la puissance de l’Autre qui est le mirage du désir humain.
– Au dernier étage doit émerger le désir dans l’Autre.
C’est dans la mesure où ce désir dans l’Autre est refoulé chez l’obsessionnel que tout est commandé dans sa symptomatologie. Pour couvrir le désir chez l’Autre, l’obsessionnel a recours à sa demande. Ses tentatives à l’endroit du désir sont toujours marquées d’une condamnation originelle; il lui faut toujours se les faire autoriser, que l’Autre le lui demande. En conséquence, a, l’objet de sa cause, vient se situer là où la demande domine, au stade annal où a est l’excrément en tant que demandé.
L’excrément est un rejet, ce qui intéresse le vivant, c’est ce qui entre. Il entre dans la subjectivité par l’intermédiaire de la demande de l’Autre qui commande à l’enfant de retenir, faisant de l’excrément une partie du corps. Puis, on lui demande de lâcher et l’excrément est valorisé du fait qu’il donne satisfaction à la demande de l’Autre. A cela s’ajoute flairage et torchage érotisant. Le caca prend ainsi fonction d’agalma. L’agalma n’est concevable que dans sa relation au phallus et c’est en tant que symbolisant la castration que le a excrémentiel est agalma.
Au stade oral où a est le mamelon, le sujet qui se constitue dans le commandement de la voix ne sait pas que le sein, c’est la réalité de la limite de a par rapport à l’Autre, il croit que a c’est l’Autre. Au niveau anal il peut se reconnaître dans un objet. La demande de la mère tourne autour de cet objet, le deuxième temps de la demande (donner) implique que ce qui est admiré est ensuite désavoué, cette reconnaissance est ambigüe, c’est lui et ce n’est pas lui. Cette structure d’ambivalence donne celle du symptôme. Cette structure fondée sur la demande laisse hors circuit la liaison au désir. L’évacuation du résultat de la fonction anale prend toute sa portée au niveau phallique comme imageant la perte du phallus.
Le fait que le désir mâle rencontre sa propre chute avant la jouissance du partenaire féminin, implique que la femme n’est condamnée à aimer l’Autre mâle qu’en un point situé au delà de ce qui l’arrête elle aussi comme désir et qui est le phallus. Cet au delà est visé dans l’amour. La jouissance de la femme est en elle-même, elle ne se conjoint pas à l’Autre. L’homme n’est dans la femme que par délégation de sa présence, sous forme de cet organe caduc dont il est fondamentalement châtré dans la relation sexuelle. Le don est une métaphore empruntée à la sphère anale. Chez l’obsessionnel tout est symbolisé, sauf le désir.
Dans la nécessité où se trouve le sujet d’achever sa position comme désir qu’il va l’achever dans la catégorie de la,puissance. La relation spéculaire est support narcissique de la maitrise de soi dans son rapport avec le lieu de l’Autre.
L’obsessionnel n’est jamais au terme de la recherche de satisfaction. Entre l’alter ego spéculaire (moi idéal) et l’idéal du moi qui prend forme du Tout Puissant, l’obsessionnel trouve le complément de ce qui lui est nécessaire pour se constituer en désir, le fantasme ubiquiste.
En tant qu’obsessionnel, il croit toujours en Dieu, oeil universel posé sur toutes nos actions. Athée serait celui qui aurait réussi à éliminer le fantasme du Tout Puissant.
Clinique de l’obsessionnel
L’émoi se pose hors du principe du pouvoir, c’est le a lui-même. L’angoisse désigne l’objet et détermine l’émoi. Le rêve de l’Homme aux Loups lui apparait comme monstration de sa vérité dernière. Ce qui se produit, c’est l’émoi anal, émergence de a à l’origine de la dialectique du désir chez l’obsessionnel. L’émoi est coordonné au moment de l’apparition de a, moment de dévoilement traumatique où le sujet cède à la situation. L’objet est cessible, sa fonction comme morceau séparable véhicule quelque chose de l’identité du corps.
Au niveau de l’inhibition, le désir peut prendre fonction de défense. Il y a occultation structurale du désir derrière l’inhibition.
Un acte est une action qui a le caractère d’une manifestation signifiante. Le sujet ne se réalise que dans des objets qui sont dans la même série que a, des objets cessibles, des oeuvres.
Un acte est une action en tant que s’y manifeste le désir même qui aurait été fait pour l’inhiber.
Chez l’obsessionnel les désirs se manifestent toujours dans la dimension de la défense. Déjà le désir anal est désir de retenir centré autour d’un objet primordial auquel il va donner sa valeur.
Le désir est à la place de l’inhibition. A la place de l’empêchement, il y a «ne pas pouvoir». Chez l’obsessionnel, c’est la compulsion: il ne peut pas se retenir.
A la place de l’émotion, dans la confrontation à la tâche, il y a: ne pas savoir.
Il ne savait pas que c’était cela, mouvements d’aller et retour signifiants qui posent puis effacent, sont tous sur la voie de retrouver la trace primitive, la cause du processus. C’est pourquoi cette cause n’est rien d’autre que cet objet abject et dérisoire, que cette recherche tourne indéfiniment.
Cela se manifeste dans l’acting out et dans le doute qui frappe pour le sujet la valeur de tous les objets de substitution. Ne pas pouvoir est ici ne pas pouvoir s’empêcher, la compulsion est celle du doute.
Au niveau du désir génital, la fonction du a se symbolise par -phi. Ce trou central donne sa valeur à l’angoisse de castration, seul niveau où l’angoisse se produise au lieu même du manque de l’objet. L’obsessionnel a accédé au stade phallique mais étant donné l’impossibilité à se satisfaire à ce stade, il supplée avec son objet à lui, le a excrémentiel, cause du désir de retenir. L’oblativité est bien un fantasme obsessionnel.
Le a fait bouchon, le symptôme serait la fuite, le passage à l’acte, de l’ouvrir et l’acting out est le jet qui vient d’ailleurs que de la cause sur laquelle on vient d’agir.
Ce n’est pas que notre interprétation sur le plan analytique soit fausse qui provoque l’acting out, mais c’est que la où elle est portée, elle laisse place à quelque chose qui vient d’ailleurs.
Sur le plan scopique, l’amour idéalisé chez l’obsessionnel représente la négation de son désir.
Il entend qu’on aime une certaine image de lui même. Cette image, il la donne à l’autre. C’est le fondement de l’altruisme et de la mythique oblativité.
Tout ce qu’il fait n’est jamais pour lui, mais pour cet autre, cette image de lui-même. Il n’est jamais permis à son désir de se manifester en acte. Son désir se soutient de faire le tour de toutes les possibilités qui déterminent l’impossible au niveau phallique. Il soutient son désir au niveau des impossibilités du désir.
L’angoisse est dissimulée dans l’ambivalence de l’obsessionnel. Cet objet que le sujet ne peut s’empêcher de retenir comme le bien qui le fait valoir n’est aussi de lui que le déjet. Ce sont les deux faces par où l’objet détermine le sujet comme compulsion et comme doute. Dans cette oscillation dépend le passage du sujet par ce point O où il se trouve à la merci de l’autre au sens duel.
Faire tourner la cure de l’obsessionnel autour de l’agressivité, c’est la subduction des désirs du sujet au désir de l’analyste. Or a n’est ni cette vanité ni ce déchet mais un reste irréductible à la symbolisation au lieu de l’Autre.
Toute fonction du a ne se réfère qu’à la béance qui sépare au niveau sexuel le désir du lieu de la jouissance. Le désir va à la rencontre de la jouissance et pour cela il doit franchir le fantasme qui le soutient. Nous l’avons découvert comme la butée du complexe de castration. Pour la femme, l’affaire est faite, elle est plus angoissée que l’homme car au niveau phallique son angoisse est liée au désir de l’Autre.
Au niveau scopique, le fantasme de toute puissance est corrélatif de l’impuissance fondamentale à soutenir le désir de ne pas voir.
Deuil et mélancolie
Freud s’interroge sur la différence entre la perte d’objet dans le deuil et dans l’angoisse, pour lui, le deuil doit par la remémoration de ce qui a été vécu, être consommé une deuxième fois. Pour Lacan le deuil est fait pour maintenir ces liens afin de restaurer le lien avec le véritable objet a auquel un substitut peut être donné. Il s’agit de maintenir au niveau scopique les liens par où le désir est suspendu à i(a) par quoi l’amour est narcissiquement structuré.
Distinguer a de i(a) permet de différencier deuil et mélancolie. Pour Freud, dans la mélancolie la réversion de la libido objectale sur le moi n’aboutit pas et c’est l’objet qui triomphe.
Pour Lacan, le fait que a au niveau scopique est masqué derrière i(a) nécessite pour le mélancolique de passer à travers sa propre image pou atteindre a dont la commande lui échappe et dont la chute l’entraîne par la fenêtre.
Dans la manie, le sujet n’est pas lesté par a, ce qui le livre à la métonymie de la chaîne signifiante.
L’Autre qui se nomme
Au 5ème niveau, a support du désir de l’Autre qui se nomme. L’introjection implique la fonction auditive et la fonction paternelle. Ce qui opère est la normalisation du désir dans les voies de la Loi. Le père est un sujet qui a été assez loin dans la réalisation de son désir pour le réintégrer à sa cause.
La seule voie par laquelle nous pouvons être amené à reconnaitre la cause ne s’ouvre qu’a situer a au champs de l’Autre, c’est à dire le transfert.
Il n’y a de surmontement de l’angoisse que quand l’Autre s’est nommé, il n’y a d’amour que d’un nom.
Ce qui fait d’une psychanalyse une aventure unique est la recherche de l’agalma au champs de l’Autre.
Il convient que l’analyste soit celui qui, si peu que ce soit, ait fait assez rentrer son désir dans ce a irréductible pour offrir à la question du concept de l’angoisse une garantie réelle.
Véronique Demoulin
Mars 2012