Transmission autour de la clinique psychanalytique. Juin 2011.
Points de croisement…
Pourquoi proposer comme modes de transmission et parmi les propositions de formation, la mise en place au Q.PSY d’un plus petit espace de travail (tel un atelier de travail) autour de la pratique psychanalytique ?
Et, comment rendre compte de la clinique à l’œuvre dans ces séances inscrites dans une continuité durant l’année et faite de la composition d’un petit groupe d’analystes ?
Une fois ces deux questions écrites, je me suis trouvée dans une sorte d’impossibilité à poursuivre, ce qui m’a amené à rechercher ce qui venait insister, résister…
Cette année nous avons voulu, faute de participants, nous réunir autour de la lecture du livre de DUMEZIL « L’invention du psychanalyste – Le trait du cas » afin d’interroger ce projet dont nous parlons depuis trois ans aux journées de juin au Q.PS., l’arrimer à l’Association dans ce qu’elle a fondé puis transmettre le fruit de cette maturation en en restituant à l’institution ce qui peut donner forme au choix de poursuivre à plusieurs.
Cette difficulté d’écrire aujourd’hui m’a poussé à me rappeler comment nous avions travaillé en 2010 et ce qui avait fait effet signifiant.
Je ne peux le dire qu’ainsi : ce qui est mis en œuvre dans ces séances où la clinique de l’analyse est portée et parlée par l’un de nous c’est du Réel. Le réel qui ne s’écrit pas ni ne se dit pas ainsi. Il est là et à notre insu se dit… dans l’expression de l’énonciation sous jacente à la présentation de notre question.
Qu’il s’agisse de dire une impasse dans le travail d’une analyse et l’on s’entend en dire de notre position dans le transfert à l’analyse, du dire qui s’énonce et se déroule alors que l’on ne s’y attend pas.
Le réel dont je parle touche à ces restes, ces impasses d’analyse de l’analyste qui acte son engagement dans un travail de questionnement des formations de l’inconscient, des effets du signifiant à l’œuvre dans ses énonciations et dans sa position subjective.
Ce qui rend particulier la mise au travail dans ces petits ateliers, c’est le caractère permanent du groupe et l’absence d’exposition de l’égo et du savoir de l’analyste… Le caractère intime de ce groupe constitué, (mais le terme « groupe » ne me paraît pas approprié) le fait qu’il ne s’agit pas d’amener quelque chose inscrit sur le nom de quelqu’un, « un cas » , plutôt de partir d’un dire ou « ça parle » et qu’un moment s’entrouvre la possibilité de saisir un trait de structure du discours de l’Inconscient à l’œuvre.
C’est du désir de l’analyste que « ça parle ». Et de celui de l’analysant.
A ce sujet, je peux souligner un effet d’après coup de cette expérience de transmission clinique qui m’a soutenu pour ce petit texte.
Il est récent et se rattache à deux séances dans un travail d’analyse avec une jeune patiente, séances délicates avec ses parents dont les effets d’angoisse suscités par l’étrangeté de la position du père vis à vis du symptôme de son enfant m’ont amené à associer avec ce qui était survenu au cours de cette séance de transmission clinique.
De la question évoquée en cette séance, me sont restées les interrogations de points tels la question du lien de filiation, filiation au travers du symptôme, le silence de l’analyste en lien à une impossibilité à passer au-delà d’une certaine inhibition dans la relance des séances… Le silence de l’analyste faisant acte de ponctuation signifiante… la fonction du dire qui acte, porte un effet d’interprétation.
Ces traits de Réel de l’analyse, ainsi que les implications du transfert singulier dans ce qu’il a pu produire de cette position énonciative alors qu’il aurait pu en être autrement sont difficiles à formuler.
Je l’ai éprouvé et l’éprouve dans cet écrit.
Quelque chose s’est néanmoins élaboré autrement à me rapporter à ce qui s’est déplié cette fois dans le travail.
C’est l’hypothèse posée dans la recherche menée par les auteurs à propos du séminaire du Trait du Cas : « Dans le Trait du Cas, le trait est la fiction qui distancie l’énonciation (le récit) du cas qui l’inspire. La fiction n’est pas un autre nom du semblant, ce n’est pas une quatrième consistance après le RSI, c’est comme une passerelle entre le Réel non analysé et le Symbolique » (p. 19).
Plus loin, il notera que « le principe du séminaire du Trait du Cas est de traiter du transfert en permettant un déplacement de la position énonciative de son lieu initial. »
Alors, comment en parler ? Le décrire ?
Il n’y a pas de similitude de « cas » dans ces deux analyses d’enfants mais certains points d’impasses qui me tiennent dans un travail d’élaboration de cette part subjective – part de Réel à l’œuvre dans ma pratique.
Ce n’est ni le lieu ni le temps de déplier aujourd’hui toute cette variation sur la clinique.
C’est dans le cadre d’un processus d’échanges institués spécifiquement dans l’association que je pourrais témoigner d’effets d’après coup que ce travail d’écoute et de prise de parole en échanges restreints a apporté.
Et ce qui a manqué précédemment est un arrimage de notre travail aux autres membres de l’Association après qu’une année de ces rencontres se soit passée
Retour justifié à l’association pour qu’elle fasse retour sur ce que le dispositif met au travail ou rate dans sa transmission.
DUMEZIL fait retour à la remarque de Lacan selon laquelle « il n’y a pas de formation de l’analyste mais seulement des formations de l’inconscient » pour spécifier l’esprit de ce dispositif du TduC comme une proposition de « parcours dans la structure » (p. 137).
Plus loin, il soulignera « qu’un dispositif est instituant quand il contribue à déjouer pour quelqu’un ce qui ne cesse jamais de faire résistance à l’analyse. »
Je pense que notre association fait offre de propositions de formations, que les fondateurs en ont eu le souci dès les débuts mais qu’il est important de requestionner la place de la clinique aujourd’hui en regard de ce cheminement des époques et des questions actuelles.
C’est en ces termes que je proposerais de penser à ce dispositif de transmission centré sur la clinique, questionnant l’éthique du désir de l’analyste dans la référence aux textes de Freud et Lacan.
Points de croisement entre théorie et clinique, points de croisement des différentes propositions faites au Q.PS soutenant la dimension éthique dans le déploiement d’un travail de la clinique du psychanalyste.
Fondateurs et formation…
Dans les textes fondateurs, Michel De Wolf évoque ce qui selon lui serait une autre position vis-à-vis de la formation que les Ecoles classiques. Il note « notre position se fonde plutôt sur la prévalence accordée à la dimension désirante du sujet qui souhaite s’aventurer dans un processus… pouvant éventuellement le conduire à assumer une position subjective -celle de l’analyste- qui est loin d’être naturelle et qui ne saurait être acquise au terme d’un long effort de conformisation disciplinée avec ce qu’il est convenu d’appeler les critères d’admission et de qualification.
De son début à son « terme » la formation de l’analyste ne saurait avoir d’autre axe que celui du désir, avec toutes les mutations que la traversée des formations de l’inconscient ne manquera pas d’effectuer pour le sujet qui, dans un tel processus, s’engage…
Le profil de formation proposée ne devrait en aucun cas contrecarrer l’effectuation de ce mouvement propre. »
La prise de parole lorsque débute ce temps du dispositif met en jeu le mouvement de l’écoute et du dire.
La présence des autres « écoutant » donne poids à ce qui se met à s’énoncer du côté d’une énonciation singulière, seul, analyste en position d’analysant ce qui m’a renvoyé aux séances du cartel d’association et de ce qui se met au travail d’une transmission singulière de ce qui soutient notre rapport à l’analyse et à l’écoute du désir du sujet et du langage de l’Inconscient.
Colette Godfrin