Séminaire IAEP juin 2009
Le cartel d’association en questions
Anne Debaar (février 2009)
Nous aimons (trop ?) cette interrogation que l’analyse est pour nous. Nous aimons nos questions. C’est notre symptôme institutionnel. Méfiiez-vous, il n’est pas sûr que nous accueillerons avec plaisir les réponses.
Exemple : To be or not to be psychanalyste ? Faut-il être ou peut-on ne pas être …psychanalyste … pour passer le cartel d’association ?
Le cartel d’association étant une petite invention du Questionnement psychanalytique, nous voici tenu, si nous ne voulons pas vous égarer d’emblée, d’en retracer l’histoire, pour que vous puissiez nous suivre dans les méandres de nos questions.
1984, quelques années après la dissolution de l’École de Lacan, 8 psychanalystes belges fondent « Le Questionnement Psychanalytique ».
Dans l’Acte de fondation, voici comment il traite la susdite question : « « Être psychanalyste » se soutient mieux d’un inlassable questionnement et non d’une capture dans une « identité » toute imaginaire et substantifiante ».
Ces psychanalystes, membres ou ex-membres de l’École Belge de Psychanalyse, avaient jusque là, choisi le cartel pour réfléchir ensemble aux questions qui les préoccupaient. C’est pour aborder 2 questions auxquelles le dispositif du cartel ne semblait pouvoir répondre, qu’ils créèrent le Questionnement Psychanalytique. Ces 2 questions portaient sur : la transmission de la psychanalyse et les rapports du psychanalyste et de l’institution.
En 1987, l’un d’eux, Raymond Aron, écrit un de ses textes que nous appelons fondateurs. Il s’agit du texte « S‘autoriser – Garantir – Reconnaître », que je vous invite à lire sur le site du Questionnement Psychanalytique. Il porte en partie sur la création des cartels d’association.
À la lecture, vous verrez courir sous ce texte ce désir d’échapper (« piège » dit Aron) aux discours et aux savoirs des maîtres. C’est une association qui semble s’être créée pour échapper à la tentation de se soumettre ou de se laisser séduire par les savoirs des maîtres alors récemment institués [1]. À cette époque, de nombreux psychanalystes belges choisissent leur « camp » : École Belge de Psychanalyse ; École de la Cause Freudienne ; Association Freudienne. Après réflexions, ils décident de fonder une association d’analystes soucieux de protéger leur questionnement.
Les questions plus que les réponses, les apories, plus que les certitudes ? Peut-être, mais il me semble qu’ils avaient aussi le projet de créer un espace de travail où des psychanalystes pourraient provoquer et soutenir leur propre ouverture à la dimension de l’inconscient. Celle-ci, après la cure, reste l’objet d’une reconquête sans fin. Cette dimension qu’implique le sujet de l’inconscient a, nous le savons, tendance à se refermer. Une association analytique peut-elle se créer avec la visée d’en maintenir le battement ? Je crois que ce fut aussi leur pari.
Comment, après cet acte de fondation, vont-ils aborder la question de l’entrée et de la place des nouveaux membres dans leur association ?
Pourquoi par exemple ces « lacaniens » ne choisissent-ils pas la passe ?
Certains d’entre vous la pratiquent. Pour les autres, rappelons que cette invention de Lacan visait à relancer l’interrogation sur les fins de la psychanalyse. Elle visait aussi à modifier les rapports des analystes entre eux au sein des institutions. Lacan espérait que s’y produirait du savoir inédit susceptible de faire progresser la psychanalyse. Peut-être cherchait-il aussi la clef de son désir d’analyste.
Avant de suivre R. Aron sur cette question, notons déjà que les 8 fondateurs du Questionnement et Lacan cherchaient des choses qui paraissent différentes. Il me semble que les fondateurs cherchaient à vérifier quelque chose qui n’est pas sans lien avec leurs craintes initiales : ni maître, ni disciple, ni « perroquetage savant ». Ils cherchaient moins la production d’un savoir inédit qui ferait progresser la cause analytique que de s’assurer que celui qui demande ce cartel est capable au terme de sa cure d’une parole singulière et personnelle qui porte les traces de son acte. La production qui est visée paraît plus intime que collective, mais elle vise aussi à rassurer ce nouveau collectif. Je cite : « La ligne de démarcation entre membres effectifs (ancienne appellation qui concernait les membres fondateurs et les membres ayant passé le cartel d’association aujourd’hui membres associés) et membres adhérents (les autres membres) est de l’ordre d’un niveau de repérage lié à la question de la transmission. La distinction en elle-même ne confère aucune garantie ou reconnaissance quant à une qualité ou une qualification au titre d’analyste. Ce qui est visé d’une façon générale, c’est la responsabilité et l’engagement de pouvoir témoigner d’un accès à un discours singulier et personnel du fait de son passage par le champ d’une psychanalyse ».
Par ailleurs, ces 8 personnes quittent ou s’apprêtent à quitter une association existante et reconnue et ils cherchent avec l’enseignement de Lacan à favoriser un nouveau mode de lien social entre psychanalystes. Ils partagent ce rêve de tous les fondateurs d’association analytique depuis Freud : créer un espace de travail collectif qui ne ressort ni du modèle de l’armée, ni de celui de l’Église. Comment tenir compte non seulement de leurs propres expériences mais aussi des avancées de Lacan sur le fantasme, sur l’objet a, le synthome, … pour travailler ensemble ?
Hormis ce fait, qu’ils ne cherchaient pas la même chose, voyons avec eux pourquoi ils n’ont pas choisi la passe.
Arguments dans le désordre :
Parce que « cette performance » visait, pour Lacan, à vérifier des points de sa théorie et que là n’était pas leur souci.
Parce qu’un fantasme institutionnel peut en remplacer un autre (celui qui fut ou non traversé).
Parce que la théorisation autour de la passe subvertit la possibilité d’invention qui pourrait produire de l’inédit.
Parce que la passe, du fait de la nomination, se présente malgré la théorie du « passage » et la pratique du temporaire, comme un jalon définitif.
Parce que la nomination ou son refus entraîne des catastrophes.
Parce que la procédure avec la désignation des passeurs par leur analyste subvertit le déroulement des cures et particulièrement leurs fins.
Parce que ce que l’on n’aura pu obtenir de son analyste, il restera tentant d’aller le chercher dans la nomination même.
Parce que, en 1987, les membres du Questionnement estimèrent que la passe n’avait pas permis d’avancées théoriques dans le champ de la psychanalyse qui méritent qu’on s’y attarde…
Les fondateurs ne choisirent donc pas la passe, ils choisirent le cartel. Je cite Aron : « Le Questionnement psychanalytique dès sa création s’est fondé sur le travail des cartels. C’est dans cette continuité qu’il met en place un dispositif (le cartel d’association) afin qu’un sujet puisse inscrire non seulement son travail, mais aussi une dette symbolique payée au registre de la castration ».
Dans ce registre, est-ce le praticien, avec ses failles, « sa castration » qui est invité au témoignage ? S’agit-il d’ interroger le rapport du futur analyste à la fonction du Sujet-supposé-savoir laquelle est déterminante quant à la direction de la cure ? Questions.
Rappelons que Lacan avait aussi inventé le cartel[2] et là déjà pour tenter d’innover et de résoudre les impasses que les analystes ne manquaient pas de rencontrer lorsqu’ils faisaient groupe. Cette formule du 4 plus 1 et le principe de la permutation répondaient au moins à 2 soucis de Lacan.
Premièrement, il s’agissait pour lui de se démarquer des associations analytiques dont l’organisation reposait sur « l’identification à l’image qui donne au groupement son idéal » (ex le moi fort de l’analyste). Faire ainsi obstacle aux effets de colle imaginaire propre à tous les groupes (inhibition du travail individuel, sacrifice à l’intérêt collectif, etc.)
Deuxièmement, il s’agissait aussi de tenter de donner à l’institution analytique une structure isomorphe aux formations de l’inconscient. Dans le cartel, chacun doit pouvoir expérimenter différentes places (A, moi, a, symptôme), la visée étant la relance de la question du sujet.
L’objectif du cartel en général est moins de produire un savoir que de résoudre un problème. Sur ce point, les fondateurs se trouvèrent effectivement devant un problème : comment accueillir du neuf (de nouveaux membres) sans reculer sur ce qu’ils avaient acquis à travers l’important travail de réflexion qu’il avait fait avant de fonder ? Voilà en effet un beau problème. Il est moins difficile de fonder que de maintenir l’inouï de la fondation dans la durée. Lacan n’a-il pas dû un jour penser la dissolution ? Chaque arrivant nous fait courir le risque d’un gain ou d’une perte. Risques dont nous n’ignorons pas qu’il serait létal de s’en priver. Question encore, celle de la fonction du Plus-Un qui, au Questionnement, semble suspendue, jamais vraiment posée. Nous travaillons essentiellement en cartel mais nous évacuons la question du Plus-Un. Nous lui préférons, et c’est le cas pour les cartels d’association, l’accueil d’un « cartelisant » extérieur à l’association. Sa présence est précieuse. Elle fait la quasi unanimité. Mais répond t-elle dans le dispositif à la fonction du Plus-Un ? La vieille hantise du maître produirait-elle ici encore ses effets ?
Les 8 fondateurs semblaient donc préférer les apories aux certitudes.
Et les apories ne manqueront pas.
Dans ce texte, Raymond Aron commence par renvoyer sous les label « Garantie » et « Autorisation » un certain nombre de questions classiques pour dégager la notion de « Reconnaissance » (et il parle ici de reconnaissance par les pairs (a)) comme ce qui est au cœur des cartels d’adhésion et d’association. Il l’évoque ainsi : « Une rencontre ayant par ailleurs la perspective d’une non permanence, d’un « ouvert-fermé » plus proche de la structure subjective ». Quelques lignes plus loin, il propose des critères, « un minimum d’exigences ».
Aporie : l’inachevé et les points de suspension qui les complètent sont peut-être insuffisants pour la traiter.
Ils sont à ce jour les seuls critères que nous ayons produits par écrit et à ce titre il me semble utile de vous en faire part. Mais précisons encore que d’autres critères auraient pu surgir aujourd’hui sous d’autres plumes.
Je cite le texte de R. Aron :
« … l’éthique de la psychanalyse. Cette dernière, sous l’étrange formule du « ne pas céder sur son désir », devient l’axe guide d’un cartel se constituant en cartel de l’association.
Sans se référer directement au séminaire en question, dégageons sur la base de notre expérience clinique un minimum d’exigences…. leur exploration reste du domaine de l’inachevé !… Donc, bien dans les voies de ce que nous enseigne la psychanalyse.
Parmi les lignes, directrices s’énumèrent :
- Être dans une non-fascination à l’égard de l’anecdotique ou du surgissement de la signification,
- Subtilement repérer les diverses formes de la demande,
- Pouvoir mettre, devant certaines demandes, son désir d’analyser en sourdine. Ceci signifiant dans les préliminaires une approche de la notion des possibilités des parties et des arrière-plans structurels du discours,
- Saisir toutes les avenues du transfert et notamment le signifiant indicateur pour le passage sur le divan : un moment crucial quant à l’engagement et au non achoppement d’une cure,
- Échapper aux rets des captations imaginaires dont son Moi se nourrit et rendre son Savoir caduc comme préalable à l’énoncé tant dans l’écoute du discours de son analysant que dans son propre discours,
- Avoir un rapport avec l’irruption des formations de l’inconscient au niveau du soulignement particulier et de l’articulation étrange des signifiants, c’est-à-dire la prise en compte de caractères moins spectaculaires ou vulgarisés que ceux des lapsus, actes manqués ou rêves,
- Prendre la dépression dans toute sa dimension thérapeutique avec la responsabilité essentielle d’en assurer le mouvement, surtout son abord mortifère puisque toute analyse bien menée y conduit,
- Prendre une autre position au bon moment au lieu de rester assis sur son « être » en un semblant-façade ritualisant les séances et statufiant ainsi l’analyste en son Savoir supposé,
- Ré-inclure l’acting-out dans le champ du travail et empêcher le passage à l’acte par l’interprétation,
- Pouvoir assumer à long terme le transfert, surtout s’il se présente sous des modes particuliers et relativement extrêmes,
- Être passé au travers de l’expérience du contrôle,
- Etc…
La visée de cette liste paraît claire. Ce qu’il s’agit d’évaluer ici c’est la capacité d’un membre du Questionnement à diriger des cures analytiques. La question n’est pas celle de l’ « être psychanalyste », c’est celle de « la direction de la cure ». Mais dans le même texte, Aron précise que cette adjonction au terme de « membre » du terme « effectif », qui vient cautionner la fin d’un cartel d’association abouti, « ne présume en rien de la qualification à mener telle cure précise ».
Dans le processus même du cartel d’association, face à « ce minimum d’exigence » surgissent des points d’aporie : nous autorisons-nous à occuper les différentes positions de « cartelisants » que suggère la formule (position proche de celle de l’analysant) ou nous retrancherons nous en position de jurés voir de juges ? Entre l’idéal d’une mise au travail de l’inconscient pour chaque participant, favorisée par le dispositif, et la vérification de critères, ceux-là ou d’autres, il semble bien y avoir un impossible que nous sommes tenus aujourd’hui de traiter au cas par cas. Est-il d’ailleurs souhaitable de vouloir échapper à la nécessité de juger ? Ne doit-on pas accepter cette tâche en limitant son jugement à la conviction d’une incapacité ? Cette incapacité porte-t-elle sur la direction de la cure ou sur l’orientation d’une institution psychanalytique telle que la nôtre ?
Vous aurez peut-être noté précédemment cet étrange jeu d’appellations auquel j’ai dû me livrer. « Membres effectifs » devenus ou : « membres fondateurs » ou « membres associés » ; « membres adhérents » devenus « membres » ; il vous manque encore la catégorie du « candidat », ce potentiel futur membre. Le choix de ces mots ne semble pas avoir fait l’objet d’une réflexion particulière. On pourrait sourire aujourd’hui et reconnaître que le « membre associé » a une sympathique caducité que n’avait pas le « membre effectif ».
Rappelons qu’il n’y a pas de nomination au titre d’analyste dans l’affaire : ni AMO ni AA. Le Questionnement est une association qui fut fondée par des gens qui se disaient eux-mêmes « psychanalystes ». Ils réfléchirent à la question de la nomination. « Le questionnement psychanalytique ne délivre aucun titre officiel, aucune habilitation, ou reconnaissance » écrivaient-ils dans l’Acte de Fondation. Mais cette question semble bien toucher un point paradoxal. Dès lors, comment accueillerait-ils ceux qui ne se disaient pas eux-mêmes psychanalyste mais qui néanmoins s’intéressaient à :
-la recherche sur la pratique et la théorie psychanalytique
-la formation des psychanalystes
-l’étude de la transmission de la psychanalyse,
puisque tel était l’objet de cette association ? Quelles places chacun aurait-il en son sein ?
Jusqu’en 2005, seuls les membres fondateurs et les membres ayant passé le cartel d’association avaient le droit de vote et occupaient les instances décisionnelles du « Questionnement ». Le cartel d’association, s’il ne nommait pas, donnait néanmoins des droits et de devoirs particuliers. Il ne suffit pas de ne pas nommer « psychanalyste » pour évacuer les questions relatives à la nomination.
Si d’un point de vue administrativo-légal les distinctions entre membres ont disparu des statuts de l’ASBL en 2006, elles n’ont nullement disparu du « Règlement d’ordre intérieur » et sont centrales dans l’organisation des différentes instances qui organisent le travail au sein du Questionnement Psychanalytique. Des quotas de membres, de membres fondateurs et de membres associés sont prévus pour occuper différentes instances. Les contraintes légales (modification de la Loi Belge sur les ASBL) ne furent pas seules en jeu pour provoquer des changements. Ceux-ci étaient déjà en cours. Plusieurs membres, dits alors « adhérents », souhaitaient participer plus activement à la vie institutionnelle et demandaient à entrer dans les instances décisionnelles. Collectivement, les membres effectifs traversaient une période très conflictuelle. Le principe de l’ouverture des instances aux membres adhérents fut accepté, mais les échos du débat qui eut lieu entre membres effectifs furent quasi nuls . S’ils en tirèrent des enseignements qui intéressent la psychanalyse, ils n’en firent pas part publiquement à l’ensemble des membres.
Un des enjeux concerne l’orientation analytique de notre association. L’orientation d’une Association de psychanalyse dépend-t-elle du parcours analytique de ceux qui organisent le travail en son sein ? Le cartel d’association a-t-il aussi pour visée de rassurer quant aux étapes de ce parcours chez des membres susceptibles d’orienter ensuite par leur décision le travail de chacun?
Peut-on attendre des effets sur le collectif de la destitution du Sujet-supposé-savoir, expérience intime de la cure ? La capacité à diriger des cures permet-elle d’inférer quelque chose sur la capacité à travailler à plusieurs à la cause de la psychanalyse ? … Quelques questions qui mériteraient que nous nous y attardions si nous ne voulons pas bavarder en vain sur la question de savoir s’il est important d’avoir dirigé des cures pour occuper une fonction de décideur au sein de nos instances.
C’est bien à une pratique du cas par cas que nous renvoient les rares témoignages concernant le cartel d’association.
Notons d’abord que le premier cartel de ce type eut lieu 10 ans après la fondation. Cela paraît long. Depuis sa création, ce dispositif aura été convoqué par 15 personnes sur la septantaine de membres que compte le Questionnement. Cela paraît peu. Notons enfin que, depuis 3 ans, il semble relancé.
Évoquons maintenant le dispositif lui-même : un membre du Questionnement Psychanalytique, désireux de faire un cartel d’association, interpelle 3 autres membres du Questionnement, choisis par lui parmi les membres fondateurs ou associés ainsi qu’un psychanalyste extérieur au Questionnement. Si chacun accepte, le cartel est constitué. Il peut commencer à se réunir.
Première question : A quelles conditions accepte-t-on de rejoindre en cartel le demandeur ? N’est ce pas-là le temps d’un premier jugement ? À quoi notre « oui » fait-il déjà confiance ?
Les quelques témoignages nous apprennent qu’ensuite chaque cartel s’invente au gré des membres présents et au fil de la parole, du désir et du style de celui qui a demandé la rencontre. Nul thème ne semble incontournable mais certains paraissent récurrents : les moments clefs de la cure, le rapport aux objets pulsionnels et son évolution, l’expérience particulière du fantasme et sa traversée, la fin de cette cure, le transfert en fin de cure, le passage de l’analysant à l’analyste, le rapport au savoir constitué et à la transmission, l’articulation entre désir de l’analyste et acte analytique,… Certains parleront de ce cartel comme d’un moment analytique dans leur parcours, certains évoqueront la passe, d’autres parleront d’un temps d’articulation privilégié entre théorie, expérience d’analysant et travail d’analyste, …
Certains, au terme de la procédure, parleront d’un véritable cartel, d’autres semblent avoir fait l’expérience d’un véritable jury. Qu’est ce qui oriente les rencontres dans une direction plutôt que dans l’autre ? Trop peu de témoignages pour s’en faire une idée. Probablement la subjectivité de ceux qui composaient les cartels. Les dispositifs peuvent encadrer et limiter l’impact des fantasmes, ils ne les annihilent pas.
Deux questions sont ici frôlées, la (les) fin (s) du cartel d’association et les témoignages.
Comment le cartel d’association prend-il fin ? Comment la question du temps subjectif de chacun est-elle prise en compte dans ce lieu ? À qui appartient le moment de conclure ce cartel ?
De nouveau trop peu de témoignages (nous y viendrons). Il se réunira un nombre indéfini de fois jusqu’à ce que…un membre suggère aux autres qu’on en a entendu suffisamment … ou personne n’ait plus rien à dire … ou … ?
Sans objection, on en restera là, le cartel sera dissous. Celui qui en a fait la demande se retirera, les autres fonctionneront sans lui. Quelques minutes, quelques heures ? plusieurs séances ? Ils prendront une décision sur le caractère abouti du cartel. « Aucune garantie ou reconnaissance quant à une qualité ou une qualification au titre d’analyste » dira Aron dans son texte. Mais nous avons évoqué les paradoxes de cette affirmation. Si la réponse est favorable, le demandeur sera alors devenu comptabilisable dans le pool des membres associés et le président en informera l’assemblée générale.
Quelques-uns prirent l’initiative d’évoquer oralement et devant d’autres, voir en Assemblée Générale, les enseignements de leur cartel d’association. Tel était leur désir mais rien de particulier n’est prévu institutionnellement pour le faire.
Il existe un lieu, un dispositif où ceux qui ont la pratique de ce type de cartel peuvent tenter d’en tirer des enseignements. Ce lieu s’appelle « le cartel sur les cartels d’association ». La plupart des membres associés sont sensibles à l’importance de ce temps où se joue la question de la transmission au-delà du particulier de l’expérience. Néanmoins, aucune instance n’a la responsabilité de sa mise en marche. Sa mise en place effective, semble, malgré les vœux, très laborieuse[3].
L’écriture de ce texte fut provoquée par la rencontre, en juin 2009, d’analystes venus d’ailleurs[4]. Il leur est d’abord adressé. Leur venue à Bruxelles aura provoqué une réouverture et une remise au travail autour de ces questions,. Pour cela déjà, nous tenons à les remercier.
Dans les mois qui viennent, il me semble temps de réengager un travail, porté cette fois non par le désir de l’un ou l’autre mais par le Questionnement Psychanalytique et ses instances, sur les questions qu’il soulève.
Les remarques de tous les membres ayant passé le cartel d’association furent sollicitées avant l’écriture de ce texte. Je tiens à remercier F. Antoine, R. Aron, N. Van den Broeck, B. Wauters pour leurs commentaires. Faute d’un délai raisonnable pour le réunir, une première version fut envoyée pour remarques et commentaires aux membres du dernier « cartel sur les cartels d’association » composé de D. Bonetti, J. Conrotte, A. Debaar, N. Van den Broeck, Z. Veress, et B. Weyergans, ainsi qu’à R. Aron au travail duquel ce texte fait abondamment référence.
Anne Debaar
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[1] J.A Miller et C. Melman.
[2] Le cartel est un mode particulier de relations de travail que Lacan, tenant compte du travail de Freud et de sa propre réflexion sur le temps logique, a proposé dans l’Acte de fondation de l’EFP en 1964.
[3] Ce cartel ne s’est réuni qu’à deux occasions. La première était une situation de crise liée non pas à un cartel d’association mais à une initiative concernant la procédure de témoignage qui y faisait suite. Il n’eut pas, semble-t-il la forme classique du cartel et suscita beaucoup de tensions institutionnelles. Il s’est réuni une deuxième fois en 2007 à l’initiative d’un membre ayant passé le cartel d’association et souhaitant réfléchir avec d’autres aux questions qui nous préoccupent ici. Il interpella tous les membres ayant fait cette expérience et 6 d’entre eux se réunirent. Cette dernière initiative a donné lieu à 5 rencontres et à l’écriture d’un texte par Nadine Van den Broeck qu’elle nous a présenté lors de nos journées de juin 2008. Y sont déjà soulevés de nombreux points que l’on retrouvera ici : cartel d’association ou passe, jury ou cartel, usages multiples du cartel d’association (sa possible répétition), le choix du cartel : du transfert en fin de cure au transfert de travail, l’ouverture vers un plus grand nombre d’analystes extérieurs, le cartel temps d’articulation entre théorie et expérience, …
[4] Séminaire de l’Inter-Associatif Européen de Psychanalyse juin 2009